Aller au contenu

Découvrez les Auteurs Camerounais

auteurs-camerounais
Ange de Bana - Auteure

Ange de Bana

Ange de Bana est le nom de plume d'une jeune auteure camerounaise.

Dès l'adolescence, alors qu'elle se rend en vacances au village, elle prend l'habitude d'écrire pour passer le temps.

Quelques années plus tard, en 2017, elle publie son premier roman, les Amants du Mont-Fébé sur Amazon.

Deux autres romans ont suivi : la Fièvre arc-en-ciel et Le Bamiléké Blanc.

Amoureuse de son pays, la jeune femme jette dans ses livres un regard tendre et parfois critique sur ses compatriotes, abordant des sujets comme l'amour, la pauvreté, les traditions, la polygamie, l'infidélité ou l'homosexualité.

Ses récits sont très vivants, animés par des dialogues truculents qui sont un vrai régal !

"Ecrire est un hobby pour moi, j'espère que vous prendrez du plaisir à lire ces tranches de vie qui pourraient se passer dans notre pays. Peut-être même certaines scènes se sont-elles réellement passées ? J'aime à observer mes compatriotes, car je trouve que la richesse et le charme du Cameroun, ce sont ses habitants, les Kamers comme ils s'appellent, qu'ils soient Bamilékés, Bassas, Bétis, Peuls ou Sawas,..."

Acheter sur Amazon

 

Résumé

Vivez l’histoire d’amour de Rosine et Serge, deux jeunes mariés africains aux moyens modestes qui partagent une chambre dans le quartier populaire d’Étoudi à Yaoundé.
Partagez les émotions de la jeune femme qui, après deux ans de mariage, n’enfante pas. Elle subit les reproches de sa belle famille qui la soupçonnent d’être stérile et tentent d’introduire une coépouse dans son foyer.
Découvrez le secret de la jeune femme qui va la mener très loin, dans un monde qu’elle n’aurait jamais imaginé. Au bonheur, à la joie, au luxe succéderont le désespoir, l’exil, l’horreur.

 

Extrait gratuit

Martina Fashion
De retour chez elle, Rosine enlève ses habits. Elle les fourre aussitôt dans le panier à linge sale. Je ferai ma lessive directement après la douche, se dit-elle. Le parfum qu’utilise Benoit est trop corsé, Serge risquerait de le sentir. Elle enroule rapidement une serviette autour de son corps, enfile ses babouches. Elle saisit un seau vide et va le remplir au robinet de la bailleresse. Elle tend une pièce de dix francs à une Ma’a Lucie souriante depuis qu’elle a touché son loyer. Traînant son seau, Rosine se rend au coin sanitaire pour se laver. Dans le petit réduit à ciel ouvert d’aspect douteux qui sert à la fois de WC et de salle de bain, elle s’active, frottant vigoureusement toutes les parties de son corps avec son filet blanc. Elle se savonne des pieds à la tête, jusqu’à être toute blanche. Ensuite, elle se rince abondamment en s’aspergeant d’eau froide, sous l’œil intéressé d’un margouillat qui la salue de mouvements de têtes saccadés. En se lavant ainsi, elle espère éliminer toute trace de son forfait. Le plus dur, se dit-elle, sera d’affronter le regard de mon mari lorsqu’il rentrera. Elle redoute tellement ce moment qu’elle décide d’inviter son frère à diner ce soir. Après s’être séchée, puis soigneusement enduite de lait corporel, elle sort son portable de son sac, puis forme le numéro de Vincent.
Vous ne pouvez pas rater la voiture de Vincent. C’est une Starlet jaune vif, modèle des années ’80, tellement bosselée qu’on dirait une œuvre de César. Le pare-brise parsemé d’éclats donnerait des cauchemars à un réparateur de chez Carglass. De la ficelle retient péniblement le couvercle du coffre qui ballote au gré des nids de poule, phénomène accentué par l’état des suspensions, à l’agonie. Le rétroviseur extérieur gauche, lui, tient à grand renfort de ruban adhésif, tandis que celui de droite pend lamentablement le long de la portière. Des enjoliveurs de roues dépareillés achèvent le tableau. Il y a des centaines de taxis semblables à Yaoundé. On peut distinguer celui de Vincent à ses pare-chocs peints en noir avec des étoiles blanches symbolisant le Cameroun, et l’inscription Prudence taguée sur le pare-chocs arrière. C’est jusqu’à six personnes que Vincent transporte dans son tape-cul. Mal de dos et frayeurs garantis pour la modique somme de cent francs.
Ce matin, c’est plutôt calme. Les lunettes de soleil Dolce & Gabbana de contrefaçon importées du Nigéria voisin calées sur le nez, il amène une petite étudiante à l’université de Soa. C’est un dépôt, ce qui veut dire qu’elle a acheté toutes les places du taxi, et donc que Vincent ne s’arrêtera pas pour charger d’autres clients, comme les taxis le font d’ordinaire au Cameroun. La jeune fille est canon, avec des seins proéminents qui débordent de son top. Ils rebondissent lourdement à chaque secousse, menaçant de s’échapper de leur logement. Vincent garde un œil sur la route, mais ne peut s’empêcher de mâter la jeune fille. Mon dieu, quels seins, se dit-il. Je connais quelque chose qui aurait sa place entre ces seins. Comment ça s’appelle, déjà ? Ah oui, la cravate espagnole. Le désir monte en lui. C’est un homme à femmes, bien bâti, sexy dans son jean moulant, son débardeur rouge vif dévoilant ses épaules musclées. La petite, qui a remarqué l’intérêt du chauffeur pour ses appâts se trémousse sur son siège, son pantalon taille basse dévoilant le haut de son string violet. Vincent entame la conversation, l’interrogeant sur ses études. La discussion glisse rapidement vers des sujets plus légers, comme les sorties. L’ambiance est chaude dans le taxi, d’autant qu’il n’y a pas de climatisation. Le Nokia posé dans une alcôve du tableau de bord chante la mélodie habituelle de la marque. Vincent s’annonce :
— Taxi Vincent, j’écoute.
— Bonjour Vincent, c’est Rosine.
— Ma petite sœur préférée. C’est comment ?
— Ça va un peu. Comme tu me manques, tu pourrais passer dîner ce soir ?
— Mais bien sûr, ma chérie. Je peux venir vers… attends une seconde, dit-il en lançant son téléphone portable sur le siège passager.
Distrait, il n’a pas vu que son taxi déviait sur la bande de gauche où un camion arrivait en sens inverse. Au dernier moment, il réussit à éviter le poids-lourd en donnant un coup de volant brutal. La voiture mord le bas-côté, repart brutalement à gauche, poursuit sa route en continuant à louvoyer sur quelques centaines de mètres. La passagère, cramponnée au siège, toise le chauffeur :
— Fais attention, pardon !
Vincent fait un petit geste rassurant de la main pour la calmer. Il se penche pour récupérer son téléphone :
— Je serai chez toi vers dix-huit heures, ma chérie.
— Je t’attends, sois prudent.
— Pour ça, compte sur moi, plaisante-t-il en raccrochant.
Vincent sent quelque chose pincer son bras. La petite lui parle.
— Verse-moi là s’il te plaît.
Vincent s’arrête, encaisse et lui tend sa carte :
— Appelle-moi, hein ? Je t’emmènerai faire un tour.
— Apprends d’abord à conduire, rétorque la petite en faisant la moue.
Elle part en tournant ses jolies fesses, glissant négligemment la carte dans sa poche arrière. Vincent la salue en agitant son bras par la fenêtre. Il met la radio, allume une Benson & Hedges de contrebande, puis prend la direction d’Etoudi en tirant de grandes bouffées. Il est content à l’idée de revoir sa sœur. Il l’aime bien. La famille, c’est important, se dit-il.
En entendant les coups de klaxons, Rosine lève la tête de sa lessive. Elle a reconnu le son caractéristique de l’avertisseur de son frère. Il arrive, brandissant une bouteille de vin qu’il lui tend.
— Bonjour ma petite Rose, tu vois que je n’arrive pas les bras ballants.
— Merci pour le vin, Vincent. Ça fera plaisir à Serge. Assieds-toi, dit-elle en désignant une chaise sur la terrasse.
— Tu brilles. Tu m’as l’air en pleine forme, remarque le frère en s’asseyant.
— Ah ! Je crois que je vais bientôt recevoir ma part d’enfant.
— Tu es enceinte ?
— Non, pas encore, mais je travaille sur le dossier. J’espère que je pourrai compter sur toi et ta voiture pour m’amener à l’hôpital pour l’accouchement.
— Ma sœur ! Un coup de fil, et je débarque tout le monde, même s’il y a le Président Biya sur la banquette arrière. Je passe te prendre et je fonce à l’hôpital.
— Merci, mais promets-moi de ne pas faire l’accident, répond Rosine, amusée par l’enthousiasme de son frère.
— Aka, tu as affaire à un chauffeur professionnel. Mais voilà ton mari.
En effet, Serge arrive, poussant son cyclomoteur. Il reconnait Vincent  :
— Alors, comment va mon taximan préféré ?
— Je suis là, mon beau. Et toi ?
— Je suis là aussi.
— Tu veux servir le vin, Vincent ? J’arrive avec la nourriture, crie Rosine depuis l’intérieur du studio.
— Alors, la famille va bientôt s’agrandir ? plaisante Vincent en remplissant le verre de Serge.
— Tu en sais plus que moi, alors. Elle t’a dit qu’elle est enceinte ?
— Non, mais elle m’a dit qu’elle sera bientôt enceinte.
— Elle est peut-être allée voir un marabout, suppose Serge.
A la fin du repas, Rosine s’approche de son mari. Elle caresse sa nuque, plantant son regard dans le sien. Il lui sourit. Rassurée, elle expire longuement. Il ne s’est rendu compte de rien, le plus dur est fait, se dit-elle. Elle rentre allumer la radio, monte le volume pour ambiancer, puis rejoint son mari en se trémoussant. Serge la prend par la taille :
— Ça fait longtemps que je ne t’avais pas vue si gaie, dit-il.
— J’ai comme un pressentiment que ça va marcher, cette fois, pour le bébé lui glisse-t-elle à l’oreille.
— Tu as vu un marabout ? demande Serge.
— Non, mais je sens que je vais bientôt tomber enceinte. Nous les femmes sentons ce genre de choses, c’est l’intuition féminine, affirme Rosine.
— Ne parle pas trop vite, chérie. Tu risques d’être déçue.
— Mon chou, notre instinct de femme ne nous trompe jamais !
Vincent prend poliment congé, prétextant l’heure avancée.
— Dans tous les cas dit-il joyeusement, prévenez-moi dès que le petit sera en route.
— Rassure-toi, tu seras l’un des premiers au courant, le rassure sa sœur.
La voiture jaune démarre sur des chapeaux de roue dans la nuit. Vincent fait de grands signes de la main tout en klaxonnant. Lorsque le véhicule a disparu de leur vue, Rosine prend les mains de Serge :
— Je voudrais que tu ne partes pas au village samedi pour rendre visite aux parents de cette fille que ta famille veut doter. Dis que tu es malade, ça nous fera gagner du temps, l’implore-t-elle.
— J’ai déjà attendu trop longtemps pour prendre la bonne décision. Je pars, affirme Serge, déterminé.
— Malchance ! lance la jeune femme.
Dès qu’ils sont couchés, Rosine tourne le dos à son époux :
— Ne pense pas que je vais rester seule à me morfondre ici ce week-end. J’irai chez mon amie Solange, nous sortirons en boîte, lance-t-elle pour le défier.
— Chérie, tu sais que je n’aime pas que tu sortes sans moi.
— Aka, tu ne vas pas faire le jaloux alors que tu vas visiter une poule dans ton village.
— Chérie, c’est différent, c’est pour le mariage, se défend Serge.
— Pardon, je croyais que tu étais déjà marié. Laisse-moi dormir, monsieur le polygame, ironise-t-elle en lui tournant le dos.
***
Le lendemain, Rosine s’est levée à l’aube. Comme d’habitude, Serge a eu droit à sa bouillie de maïs quotidienne. Mais il n’a reçu ni sourire, ni mot doux de son épouse. C’est donc la tête basse, le cœur gros qu’il part travailler. La journée sera longue et triste, se dit-il en enfourchant sa mobylette. Il lance un regard en arrière, mais il n’y a plus personne : sa femme est déjà rentrée, alors que d’habitude, elle reste sur la terrasse pour le saluer. Mon Dieu, ce n’est pas possible, pense-t-il. Je vais appeler ma mère pour annuler le rendez-vous du week-end. Sinon, ce sera la guerre chez moi.
Lorsque Rosine arrive en vue du Carrefour Sorcier, la première chose qu’elle  aperçoit est le 4x4 de Benoit garé sur le bas-côté de la route. Elle se dépêche de monter à bord. Pas la peine de se faire repérer ! Benoit l’a compris. Il démarre aussitôt. Les câlins, ce sera pour plus tard.
— Tu as passé une bonne nuit ma chérie ? demande-t-il en se tournant vers elle.
— Pas trop, non. Je me suis disputé avec mon mari.
— Ah bon ? Ce n’est pas à cause de notre relation, j’espère.
— Non, il ne se doute de rien. Le problème est que ce week-end, il se rend au village pour voir une fille que sa famille veut doter. Comme je ne suis pas encore enceinte, ils en concluent que je suis stérile.
— La polygamie, quelle malchance ! s’émeut Benoit.
— Je n’accepterai jamais. C’est pourquoi je dois accoucher. J’espère que tu es très fertile, dit-elle en lui pinçant affectueusement la nuque.
— Un vrai lapin, s’esclaffe-t-il. Bientôt, tu auras six enfants.
— Toi aussi ! Donne m’en seulement un et je serai comblée.
— Tu ne vas pas te contenter d’un singleton ! Mais on en reparlera… As-tu pris ton maillot de bain ?
— Chérie, je n’ai pas de maillot, je plaisantais, dit-elle en riant.
— Bien, nous allons passer par l’avenue Kennedy. On va te trouver un maillot.
— Oh chéri, tu me gâtes trop.
— C’est un peu égoïste, j’avoue. J’ai hâte de te voir dedans, tu seras trop sexy.
 Arrête, Benoit, tu m’excites déjà trop.
Comme d’habitude, l’avenue Kennedy, une des artères commerçantes les plus fréquentées de la ville, est en effervescence. Benoit est très heureux de trouver une place où caser son véhicule. Il tend une pièce de cent francs au préposé en salopette bleue. Ensuite, le couple se mêle à la foule, à la recherche d’une boutique de prêt à porter pour femmes. Rosine est la première à repérer un magasin dont la vitrine présente de jolis dessous et maillots de bains, Martina Fashion. Elle prend Benoit par la main, l’entraîne à l’intérieur. La vendeuse, une jeune femme aguichante, vêtue de vêtements sexy les accueille, un large sourire aux lèvres qu’elle a d’ailleurs mauves, ce qui les assortit parfaitement à ses cheveux :
— Bonjour monsieur, madame, en quoi puis-je vous aider, demande-t-elle en se penchant légèrement, offrant une vue panoramique sur une paire de seins énormes.
— Nous sommes à la recherche d’un maillot de bain pour madame, et peut-être aussi d’un joli dessous, annonce Benoit.
— Nous venons de recevoir la nouvelle collection de Paris. Ce sont de très beaux modèles. Dirigez-vous vers la cabine, je vous apporte ce que j’ai à votre taille, promet-elle en posant un regard d’expert sur Rosine pour évaluer ses mensurations.
Rosine se dirige vers le fond de la boutique, suivie par son amant qui la prend par la taille. Ils s’arrêtent devant le rideau. D’un geste tendre, elle caresse la joue de son chéri qui se penche pour l’embrasser. Ils sursautent, surpris par l’arrivée de la vendeuse. Elle tend une dizaine d’articles à Rosine :
— Voici ce que je vous propose. Appelez-moi si vous avez besoin.
— Merci ! s’exclame gaiement Rosine en entrant dans la cabine, les bras chargés du précieux paquet.
Voyant que Benoit reste timidement dehors, les mains dans les poches, la vendeuse l’apostrophe :
— Monsieur, entrez donc, ainsi vous pourrez juger par vous-même. Mettez-vous à l’aise.
Comme un enfant à qui l’on dit qu’il peut laisser ses devoirs pour aller jouer avec ses camarades, Benoit se précipite dans la cabine. Elle est spacieuse, garnie de grands miroirs. Une chaise est posée dans un coin. Benoit s’y assied, heureux d’être aux premières loges pour ne rien rater du spectacle. Rosine enfile le premier maillot :
—Pas mal du tout, fait remarquer Benoit en se frottant le menton.
—Mais chéri, mes poils dépassent, constate-t-elle.
—C’est parce que tu n’es pas rasée, bébé. Ne te dérange pas, je vais acheter le nécessaire et je t’épilerai le maillot, la rassure son amant.
—Tu es sûr que ce sera bien ?
—Mais bien sûr. Toutes les femmes font ça en Europe, lui assure-t-il.
La séance d’habillage, déshabillage se poursuit, excitant l’homme au plus haut point. Ils ont finalement porté leur choix sur un petit bikini noir et blanc et sur des dessous de soie bleus. Lorsque Benoit se lève, Rosine, encore nue, éclate de rire. «Mon pauvre chéri, tu ne peux pas sortir ainsi !», s’exclame-t-elle. Elle s’approche de lui, ouvre délicatement sa braguette, en sort le sexe turgescent et l’introduit en elle. Ils font l’amour debout, voyeurs de leurs propres actes grâce à la complicité des miroirs. Après quelques minutes, la jeune femme jouit. Benoit s’oublie en elle. Ivre d’amour, il se laisse tomber sur sa chaise, pendant que Rosine, ayant sorti un paquet de mouchoirs de son sac, s’active à les débarrasser de toute substance suspecte. Après s’être redonné une contenance, ils sortent de la cabine sous l’œil amusé de la vendeuse, pas dupe.
— Nous allons pouvoir aller nous baigner, dit Benoit en démarrant.
— Mais chéri, je ne sais pas nager, proteste-t-elle.
— Bah, je t’apprendrai, la rassure-t-il, prenant la direction du Mont Fébé.
— Attends-moi cinq minutes s’il-te-plait, dit-il après s’être arrêté sur le parking d’un supermarché Mahima.
— Encore une surprise ? demande Rosine, curieuse.
— J’ai besoin de matériel pour te raser, répond Benoit.
Au moment où ils repartent, Rosine éclate de rire en repensant à la tête de la vendeuse lorsqu’ils sont sortis de la cabine :
— Faire l’amour dans une cabine d’essayage ! Tu sais que tu es un polisson, toi, pouffe-t-elle.
— Tu t’es littéralement jetée sur moi, que voulais-tu que je fasse ? se défend-il maladroitement.
— Tu n’avais pas l’air particulièrement effarouché.
— J’avoue que ça m’a plu, avoue-t-il en lui caressant la joue.
***
À peine arrivés dans leur chambre, Benoit déshabille sa nouvelle conquête et la fait asseoir sur un coin de la baignoire. D’abord, il enduit la généreuse toison de la jeune femme de mousse. Puis, le nez à hauteur du sexe de Rosine, il la rase délicatement, n’épargnant qu’un petit rectangle de poils coupés courts :
— Voilà un joli ticket de métro, lance-t-il triomphalement en se redressant.
— Chéri, il ne me reste presque plus de poils, regrette-t-elle en regardant son sexe.
— C’est la tendance, chérie, assure Benoit.
— Mon Dieu, que va dire Serge ? se demande-t-elle.
— Ma puce, tu n’as qu’à dire que c’est une surprise que tu lui fais.
— Et s’il me demande qui a fait ça ?
— Tu lui diras que c’est toi-même, après l’avoir vu dans un magazine, lui suggère son amant. Ah, j’oubliais les aisselles.
— Les aisselles ? s’étonne-t-elle.
— Oui, une dame se rase les aisselles, chérie. Laisse-moi faire, ce ne sera pas long, assure-t-il.
L’opération terminée, il la douche abondamment, la sèche avec la serviette blanche de l’hôtel, et la transporte sur le lit. Il se déshabille à son tour, la rejoint. Il place sa tête entre ses jambes, promène sa langue sur son sexe. Il sent sa main lui caresser les cheveux. Il cherche le clitoris qu’il stimule à grands coups de langue. Elle se tend, prise de spasmes. Elle le prend par la nuque, attire son visage contre son sexe, et crie. Il reçoit sur sa face les jets de liquide que, femme fontaine, elle projette pendant l’orgasme. Il s’essuie aux draps et la pénètre, jouissant à son tour en elle. Ensuite, ils s’endorment dans les bras l’un de l’autre.
Trente minutes plus tard, Rosine se réveille. Elle secoue vigoureusement son amant qui sursaute.
— Oui, qu’y a-t-il, s’enquiert-il.
— Chéri, je crois que c’est l’heure de ma leçon de natation, non ? répond-elle joyeusement.
— Tu as raison. Enfilons nos maillots, mettons ces robes de chambre et descendons à la piscine.
La nuit tombe lorsque Rosine rentre chez elle. Sa voisine l’interpelle :
— Il est bien tard pour rentrer. D’où sors-tu ?
— Je suis ton enfant ? Je dois te donner mon programme ?
— Calme-toi, chérie. Je constate juste que tu marches trop ces temps-ci.
— C’est mon problème, répond-elle, rentrant chez elle en fiasquant.
Elle enfouit maillot et sous-vêtements neufs dans le tiroir de la commode. Heureusement, Serge ne fouille jamais dans ses affaires. Puis, elle pense à appeler sa copine Solange pour l’inviter à aller en boîte le lendemain soir, samedi.
— C’est aujourd’hui que tu penses à moi, lui reproche sa copine en reconnaissant sa voix.
— Je pense souvent à toi, Solange. Une femme mariée a beaucoup trop d’occupations, tu le constateras quand ton tour viendra.
— Moi, me marier ? Malchance ! Mais dis-moi ce qui me vaut l’honneur de ton coup de fil.
— Serge voyage ce week-end, je voulais donc t’inviter à aller en boîte samedi soir.
— Ce sera avec plaisir, ma copine. Ça nous rappellera le bon temps. Passe à midi, on déjeunera ensemble. On aura certainement beaucoup de choses à se dire.
— Tu n’imagines même pas ! Bisous, à demain.
— A demain.
Rosine se rappelle qu’elle n’a rien préparé. Tant pis, elle ira acheter le pain et la sardine chez l’épicier. Serge pensera qu’elle n’a pas cuisiné parce qu’elle est encore fâchée de son projet d’excursion au village. Elle prend un sac, ouvre la porte, et sort, manquant renverser Prisca qui arrive, deux casseroles à la main :
— J’ai pensé que tu n’as pas eu le temps de cuisiner. Tiens, voilà du poulet sauce arachide avec du riz.
— Merci ma chérie, tu es un ange.
— Entre femmes, il faut s’entraider. Pardonne-moi de t’avoir mal accueillie. Tu sais que je suis un peu jalouse.
— Jalouse de quoi ? J’ai juste trouvé un petit travail pour me débrouiller, invente Rosine.
— Je croyais que tu avais trouvé un gars, un sponsor plaisante la voisine.
— Je suis une femme fidèle et une épouse honnête, ment Rosine. Dans tous les cas, merci, je te revaudrai ça.
— Bon appétit, ma chérie.
Rosine rentre chez elle chargée des casseroles, ravie d’avoir quelque chose à servir à son mari, et de s’être réconciliée avec la voisine. Je dois éviter les commérages à tout prix, se dit-elle.
Sa journée terminée, Serge quitte son travail. Après avoir salué ses collègues, il enfourche sa mobylette. Il reste là, pensif, incapable de démarrer. Il pense aux problèmes qu’il va trouver en rentrant au foyer. Sa femme, furieuse, va encore lui reprocher son voyage au village, pester contre la polygamie. Prenant son courage à deux mains, il prend son portable. Il va appeler sa mère pour annuler sa visite. Elle sera furieuse, mais Rosine sera calmée. Il pourra rentrer chez lui sereinement, se faire dorloter. Peut-être feront-ils l’amour…
En approchant de leur studio, Serge constate que sa femme l’attend sur la terrasse. C’est bon signe, se dit-il, peut-être s’est-elle calmée depuis. Il range sa mobylette et court vers elle. Alors qu’il se penche pour l’embrasser, elle a un mouvement de recul :
— Quitte-là. Garde tes baisers pour ta villageoise, dit-elle sèchement en se levant.
— Mais chérie, je n’ai pas d’autre femme que toi.
— Et celle que tu vas voir demain ? réplique la jeune femme, furieuse.
— Mon bébé, calme-toi. Je n’ai pas encore eu le temps d’ouvrir la bouche pour te dire que je ne pars pas au village demain.
— Tu ne pars pas ?
— Non, j’ai appelé ma mère pour annuler.
Rosine s’approche de son homme, se met sur la pointe des pieds et l’embrasse tendrement :
— Tu as bien fait, chéri. Je suis très contente. Pour fêter ça, je vais nous chercher la bière. Assieds-toi, il y a le poulet sauce arachides, dit-elle, calmée par la bonne nouvelle.
Serge entre, pose son sac, s’assied sur son pouf préféré. Il sort un mouchoir en papier et s’éponge. Il se dit qu’il a vraiment eu une bonne idée d’annuler ce voyage. Épuisé par sa journée de travail, il est heureux d’avoir rétabli la paix dans son ménage. Au diable le village, se dit-il. Ce qui importe pour moi, c’est ma petite femme. Quelques minutes plus tard, Rosine dépose deux bières bien fraiches sur la petite table. Elle sert le repas du soir qu’ils dévorent en devisant gaiement.
— Comme tu ne pars pas demain, tu m’accompagneras en boîte, propose-t-elle.
 — Mon bébé, on va aller en boîte avec quel argent ? Il nous reste juste de quoi vivre.
— Ne te dérange pas, chéri. Solange nous invite.
— La sauveteuse là, qui vend son huile de palme à Mokolo ? Avec quel l’argent elle va nous inviter en boite ? Elle est toujours foirée.
— Plus maintenant, elle a rencontré un Blanc sur le net.
— Ah, elle vit avec un Blanc.
— Non, le Blanc est en Europe, mais il lui envoie l’argent.
— Il lui envoie l’argent de quoi ? C’est la dot ?
— Non, bientôt il viendra à Yaoundé la doter. Ils se marieront et elle le rejoindra en Europe quand elle aura le visa. En attendant, il l’entretient. Tu sais que la femme africaine, c’est comme une voiture, elle doit être entretenue, plaisante la jeune femme.
— Et nous, on boira à la santé du Blanc.
— Voilà, tu as compris. Je partirai demain à midi. Tu sais qu’entre femmes on a toujours beaucoup de choses à se dire. Tu nous rejoindras en soirée. Tu prendras le taxi, car on rentrera en taxi : je ne veux pas que tu conduises la mobylette quand tu es saoul.
— On va saouler ?
— On va saouler, mon chéri. Viens, dit-elle en se couchant sur le lit.
Il s’étend à ses côtés, l’embrasse dans le cou. D’un mouvement brusque, il se redresse :
— Chérie, ta peau a un drôle de goût, dit-il en faisant une moue de dégoût.
— Merde, se dit-elle, ce doit être le chlore de la piscine. Elle se hume le bras, sourit :
— Ce doit être mon nouveau lait corporel, bébé.
— Il faut arrêter de mettre ça, on dirait du Javel.
— Chéri, le vendeur m’a dit que ma peau serait encore plus douce et brillante.
— Ce charlatan t’a volé ton argent. Vous les femmes, vous allez nous tuer avec vos produits de beauté, s’exclame-t-il. J’espère que ce n’est pas plutôt la sorcellerie.
— Chérie, tu sais que je ne fréquente pas les marabouts. Viens mon amour, prends-moi.
Il la serre dans ses bras, la caresse. Subitement, il s’arrête :
— Mais chérie, où sont tes poils ? demande-t-il, intrigué.
— Je les ai rasés, mon chéri.
— Mais pourquoi ? regrette-t-il, j’aime tes poils sous les bras, ça donne une odeur forte comme le piment.
— Ah, chéri ! c’est la tendance. Et j’ai encore une autre surprise, dit-elle en baissant sa culotte pour exhiber son ticket de métro.
— Wandaful ! Qui t’a fait ça, ta coiffeuse ?
— Non, chéri. J’ai vu ça dans un magazine chez elle, mais je l’ai fait moi-même, répond-elle.
— Bien. Normalement, tu aurais du m’en parler avant de toucher à ma chose. Mais ça me plait bien comme ça, dit-il en caressant le soyeux tapis de poils. Mais il faut les laisser repousser sous les bras, ordonne-t-il.
— Tu veux toujours de moi ? demande-t-elle, anxieuse.
— Mais bien sûr, ma chérie.

 

Acheter sur Amazon

 

Résumé

Blaise, un étudiant camerounais, vit une relation secrète avec Hervé, étudiant lui aussi. Lorsque sa mère l’invite à rencontrer une jeune et riche jeune fille en vie de l’épouser, Blaise n’ose pas décevoir sa mère. Il rompt avec son ami et accepte de rencontrer la jeune femme. « Ma mère préférerait me savoir mort qu’homosexuel », pense-t-il et il n’a pas tort.

Pourtant, il recroisera la route d’Hervé, le scandale éclatera. C’est le destin tragique d’homosexuels africains que nous conte Ange de Bana. Un roman captivant, dramatique mais parfois drôle. Une réflexion sur la différence de la perception de l’homosexualité en Afrique et en Europe.

C’est aussi l’histoire d’un amour atypique entre Blaise et sa jeune épouse, Majolie.

 

Extrait gratuit

 

Chapitre 19

Majolie et son amie sont attablées dans un restaurant de Tsinga. Si Sandra dévore son poulet à la basquaise avec appétit, Majolie s’est contentée d’un sandwich qu’elle picore comme un moineau.
— Donc ton mari est homo ?
— S’il te plaît, pour l’amour de Dieu, garde-ça pour toi.
— Bien sûr, mais raconte-moi. Tu le savais avant de l’épouser ?
— Je l’ai vu directement à ses manières. En plus, il ne bandait pas quand je le touchais.
— Et tu l’as quand même épousé. Wandaful !
— Tu sais, je n’aime pas trop la chose. Je me suis dit qu’avec lui j’aurais la paix.
— Tu ne veux pas d’enfant ?
— Avant le mariage, j’ai vérifié qu’il pourrait m’en faire. Ça a fonctionné. La nuit de noce, il a consommé notre mariage. Il m’a fait jouir à chaque fois qu’il me prenait.
— Un pédé t’a fait jouir ! Jésus Christus ! Tu es spéciale. Tu n’as pas peur du sida ?
— On a fait un test avant le mariage. Il m’a promis de mettre une capote s’il le faisait avec un homme, mais je ne pense pas qu’il ait vu un homme depuis.
— Même pas son ex ?
— Je ne pense pas. Je pense qu’ils ont rompu parce que Blaise m’a épousée.
— L’homosexualité ! Quelle maladie tout de même.
— C’est vrai que c’est une maladie. Comment expliquer autrement cette attirance pour une personne du même sexe ? C’est tout-à-fait contre nature. Dire qu’en Europe, des homos se marient entre eux.
— Tu délires, là ?
— Non, j’ai lu ça sur le net. En plus, ces hommes aiment à s’afficher avec leur partenaire du même sexe. Heureusement, Blaise n’est pas comme ça. Je pense qu’il a honte.
— Dans tous les cas, tu es bien courageuse. Moi, je ne pourrais pas.
— Toi aussi ! Tu aimes trop les cochonneries.
— Au moins, c’est naturel, on utilise le bon trou, celui qui donne l’enfant. Jamais je ne permettrais qu’on me sodomise.
— Tu as raison, avoue Majolie en posant son sandwich à peine entamé. Tu veux bien me ramener chez moi, tout ça m’a donné un mal de tête affreux.
— Allons ! acquiesce Sandra en agitant ses clés de voiture.
****
À peine rentrée chez elle, Majolie rassemble tout son personnel au salon. Elle s’installe confortablement dans le canapé de style Empire, les laissant debout. Elle les toise tous, l’un après l’autre. L’atmosphère est tendue, le silence pesant. Enfin, la patronne parle :
— L’une d’entre vous a empoisonné mon mari. Comme je ne sais pas qui est coupable, vous êtes tous licenciés sans indemnités. Débarrassez-moi le plancher.
Plusieurs femmes se mettent à genoux, la supplient en levant les bras au ciel :
— Pitié, patronne, je n’ai rien fait, clament-elles en chœur.
Myriam, qui est restée debout, s’avance vers Virginie, jusqu’à pointer le doigt sur son front :
— La voilà, la coupable ! s’exclame-t-elle. Je l’ai vue verser la poudre dans le verre de votre mari.
— Tu me le jures ? demande la patronne.
— Oui, madame, c’est elle.
— C’est faux, elle ment ! rétorque Virginie.
La maîtresse des lieux demande aux deux femmes de rester avec elle, puis ordonne aux autres employées de retourner à leurs tâches. Soulagées, elles sortent en échangeant des commentaires. Certains prennent partie pour Virginie, traitant Myriam de menteuse, d’autres la condamnent.
— Dans tous les cas, soyons contents que madame ne nous ait pas licenciées, conclut Henriette, souriante. Alors, au travail !
— Au travail ! répondent-elles en chœur.
Majolie fait asseoir Virginie et Myriam. Ensuite, elle appelle la police. L’attente est longue. La suspecte et son accusatrice se lancent des regards assassins. Majolie redoute qu’elles se ruent l’une sur l’autre. La situation risquerait de lui échapper. Mais que font ces policiers ? se demande-t-elle après un quart d’heure. Par mesure de sécurité, elle décide d’appeler le vigile sur son portable pour qu’il surveille les deux jeunes femmes. Richard accourt aussitôt. Il se poste juste à côté des rivales, caressant sa matraque. Une heure plus tard, deux policiers se présentent. Majolie leur explique la situation.
— Où se trouve votre mari ? demande le plus galonné des hommes en tenue.
— À l’hôpital général de Yaoundé, répond Majolie en tendant le document d’admission.
— Nous espérons de tout cœur que votre mari va s’en sortir, madame. Mais vos accusations contre mademoiselle ici présentes sont graves. Êtes-vous certaine qu’elle a empoisonné votre mari ?
— Myriam, témoignez, ordonne-t-elle.
— J’ai vu, à plusieurs reprises, Virginie verser de la poudre dans le verre de monsieur, confirme Myriam en pointant un doigt accusateur vers la coupable.
— Et pourquoi ne l’avez-vous pas dénoncée immédiatement à votre patronne, au lieu d’attendre que monsieur soit mourant ? demande le plus jeune des policiers.
— Parce que je pensais qu’elle avait reçu l’instruction de madame de lui donner un remède. Ce n’est que lorsqu’il est tombé gravement malade que j’ai compris.
Sur un signe de son chef, le jeune policier attrape sans ménagement les poignets de Virginie, lui passe les menottes. Alors qu’on l’emmène, la jeune femme éclate en sanglots :
— Blaise, pardonne-moi ! Je t’aimais, je te voulais pour moi tout seul, gémit-elle.
— Tais-toi, ou tu vas me sentir ! ordonne le chef en soulevant sa matraque.
Le calme revenu, Majolie lance un regard glacial à son employée :
— Pourquoi ne m’as-tu rien dit ?
— Je l’ai dit aux policiers, madame, je croyais que c’était un remède. Ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai compris.
— C’est bon, je te crois. Va travailler, mais je t’ai à l’œil.
— Merci madame.
— Attends.
Majolie prend son porte-monnaie dans son sac, en sort deux billets de 10 000 francs :
— Voilà pour ton témoignage.
— Merci madame.
Elle glisse les billets dans son soutien gorge et sort de la pièce. Majolie s’écroule dans le canapé, se prend la tête entre les mains. Mon Dieu, quelle histoire ! gémit-elle. Son téléphone portable sonne. Le numéro affiché l’informe que c’est son mari.
— Tu veux quoi, monsieur ?
— Je sors de l’hôpital. Tu pourrais venir me prendre ?
— Tu ne peux pas prendre un taxi ?
— Chérie, je suis encore convalescent.
— Arrête-moi ces “chérie”. C’est bon, je t’envoie le chauffeur.
— Merci. Qu’il m’appelle lorsqu’il sera garé.
Elle raccroche sans prendre congé. Ça l’a rendu furieuse que Blaise n’ait pas tenu ses engagements et se soit affiché en public avec ce pédé d’Hervé. Cependant, elle ne souhaite pas mettre un terme à leur relation : un divorce dans sa famille, ce serait la honte ! Elle va se contenter de faire la tête et de lui rendre la vie difficile pendant quelques mois, histoire de lui faire passer l’envie de recommencer.
****
Plus tard, lorsque Blaise entre dans le salon, l’air penaud, regardant ses pieds comme un enfant pris en faute, elle détourne la tête en fiasquant. Il s’approche, se penche pour l’embrasser. Elle le repousse sans ménagement.
— Pardonne-moi, chérie, implore-t-il.
— Je ne pardonne pas. C’est impardonnable, ce que tu m’as fait ! Malchance !
— J’ai cru que j’allais mourir, je voulais lui dire adieu.
— Tu es un homme marié, ton passé, tu dois l’oublier. Je t’interdis de revoir ce type sous n’importe quel prétexte. C’est compris ? demande-t-elle en se pinçant le lobe de l’oreille.
— J’ai compris.
— Qui est cette Virginie qui voulait t’empoisonner ?
— Virginie voulait m’empoisonner ?
— C’est elle qui versait le poison dans ta nourriture.
— Seigneur ! Une fille qui allait à la messe tous les dimanches. Elle chantait même à la chorale. Tu es sûre ?
— Myriam l’a vue.
— Virginie était amoureuse de moi quand je vivais encore au village. Je l’ai repoussée. Elle m’en a voulu. Je ne pouvais quand même pas lui avouer que j’étais homo !
— Ton village est un village de sorciers.
— Mais non.
— Va te laver, tu es dégoûtant, dit-elle en se replongeant dans son magazine de mode.
Blaise, assis sur la terrasse de la villa, prend sa tête dans ses mains. Combien de temps Majolie va-t-elle encore me faire la tête, se demande-t-il, très inquiet quant à l’avenir de son couple atypique. Il est même possible que j’aie tout gâché, que ce soit fini à jamais. Bien sûr, elle ne souhaitera pas divorcer du vivant de Papa Justin, mais nous vivrons comme deux étrangers, sans nous parler, sans rire, sans sourire. Que la vie sera triste ! Bien qu’il ne soit pas amoureux d’elle, ça lui fait du mal. Elle est sa meilleure amie, sa sœur, le seul être sur cette terre qui le comprend, à part sa mère, mais sa mère le connaît-elle vraiment ? Elle ignore tout de sa maladie, l’homosexualité.
Justement, il ressent l’envie de faire une rencontre. Il a besoin de sentir un homme contre lui, de caresser un torse velu, de tenir en main une grosse bite bien ferme. Ce soir, il se rendra en ville…

Acheter sur Amazon

 

 

Résumé

 

Comptable à la retraite et divorcé, Charles Mertens passe le plus clair de son temps dans son jardin. Passionné d'horticulture, il a tout pour être heureux, à l'exception d'une épouse. Malgré ses réticences, il se laisse convaincre par Mireille, jeune fille sexy rencontrée sur internet, de la rejoindre au Cameroun.
C'était un piège. Le quinquagénaire est agressé par les complices de la jeune femme. Abandonné en pleine nature, blessé et sans un franc, Charles n'a qu'une idée en tête, quitter le Cameroun au plus vite.
Sera-t-il le quinzième belge victime d'un voyage effectué au Cameroun pour y rencontrer l'âme sœur ?
Parviendra-t-il à échapper aux panthères de Douala ?
Vous le saurez en lisant ce roman, mêlant aventure, romance, drame et humour en plein cœur de l'Afrique.

 

Extrait gratuit

 

Carnet 3
Vendredi 8 septembre
Demain, nous sommes convoqués au village. Sylvestre va nous remettre la liste de la dot établie par la famille de Ndolo. Ravie de la bonne nouvelle, elle est sortie vers dix heures pour se faire une nouvelle tête. Ensuite, elle achètera des cadeaux pour sa famille, des choses qu’ils ne trouvent pas au village. Je lui ai donné les cinquante mille francs demandés. Elle est partie après m’avoir gratifié d’un baiser langoureux. Assis sur la terrasse, je m’ennuie un peu, tentant de me divertir en regardant le flux des taxis jaunes s’engouffrer dans la rue. Des moto-taxis, soucieux d’arriver rapidement à destination, se faufilent habilement entre les voitures. Tout cela forme un ballet assourdissant évoluant dans un concert de klaxons et d’injures. Au bout de la rue, un flic en uniforme bleu impeccable, véritable îlot dans ce flux de circulation, tente de mettre de l’ordre dans tout ça au péril de sa vie. Il me semble entendre la sonnerie de la porte. Je quitte mon poste d’observation pour aller ouvrir. Mireille est là, devant moi. Je l’attrape par le cou, la tire à l’intérieur. Je la plaque contre le mur. La jeune femme proteste, tente de se défendre en donnant des coups de pied. Au moment où j’ouvre la bouche pour lui demander des comptes, je me rends compte que ce n’est pas Mireille ! Gêné, je la relâche :
— Excusez-moi, je vous avais pris pour une autre. Que puis-je faire pour vous ? je demande.
— Bonjour Monsieur, je suis la femme de ménage, explique-t-elle en se frottant le cou.
— Je suis désolé, mais je n’ai demandé personne.
— C’est compris dans la location. Je nettoie tous les appartements de l’immeuble. Je suis déjà venue, mais le vigile m’a dit que vous avez voyagé.
— Entrez, je vous en prie.
Je me sers une bière, prends place dans le divan, heureux de l’aubaine. Le spectacle est plus attrayant que celui de la rue. Elle est très sexy dans son short en jean. Son débardeur fortement décolleté laisse entrevoir des seins assez imposants pour une jeune femme si petite et si frêle. Je la regarde travailler, subjugué. Parfois, je ferme les yeux pour me remémorer mes ébats à distance avec Mireille. Lorsqu’elle a terminé son travail, elle se dirige vers la porte, me salue. Je lui demande de s’approcher. Elle s’arrête à un mètre de moi. Je tends mon bras pour lui caresser la joue. Comme elle ne bronche pas, je soulève son menton, déposant un baiser sur ses lèvres. Elle sourit. Je sens sa main caresser mon sexe à travers le tissu de mon short. Je la prends par les fesses, l’attirant contre moi. Je presse mes lèvres contre les siennes. Sa bouche s’entrouvre, laissant passer la langue. Pendant que je l’embrasse, mes mains soulèvent son débardeur. Mes doigts caressent ses longs tétons durcis. J’ouvre son short, il tombe sur ses chevilles. Je la soulève pour la poser sur un coin de la table, les jambes écartées. Je libère mon sexe. Il est flasque, pendant lamentablement.
— Monsieur, je dois partir, dit-elle. Il y a d’autres appartements à nettoyer.
— Attends une seconde, dis-je, cherchant mon short pour y prendre un billet de dix-mille francs.
— Merci, je m’appelle Épupa.
— C’est très joli. Au revoir, Épupa.
Elle quitte l’appartement sans rien dire. Je prends tout de même une douche. Ensuite, je bois une bière au goulot sur la terrasse. Ces pannes à répétition commencent à m’inquiéter. Ça m’est déjà arrivé avec Vanessa. J’espère que Ndolo ne met rien dans ma nourriture. Je ne tiens pas à rejoindre les quatorze autres Belges décédés dans ce pays. Faudrait-il que j’en parle au consul ? Devrais-je faire des analyses ? Pourtant, je me sens en pleine forme. L’Afrique me semble pleine de dangers. Je pense à mon rêve bizarre à Limbé, ces léopards qui s’acharnaient sur moi. Heureusement, le mariage ne va plus tarder. Dans quelques mois, nous serons chez moi, loin de toutes ces menaces.
Il est près de 14 heures. J’ai faim. À la cuisine, je ne trouve que des avocats. Je sors m’acheter le soya. Lorsque je rentre, je suis en nage. Je mets la clim à fond, me cale confortablement dans le divan. Je ne tarde pas à m’endormir. Lorsque je me réveille, je tremble, frigorifié. Il fait 18 degrés. Je règle la clim sur 22, c’est plus raisonnable. Il est déjà 16 heures, Ndolo n’est toujours pas rentrée. J’essaie de l’appeler, mais le numéro ne passe pas. Je suis furieux. Où peut-elle bien rester ? Quand va-t-elle rentrer ? J’allume la télévision. À force de zapper, je tombe sur une télénovela, une de ces séries sud-américaines conçues pour un public féminin. Petit à petit, je me laisse captiver par l’histoire. Vers 18 heures, j’entends la clé tourner dans la porte. Ndolo entre, chargée de paquets qu’elle s’empresse de ranger dans le débarras.
— D’où sors-tu ?
— Y a quoi ? Je suis ton enfant ? demande-t-elle en pointant son index vers moi.
— Y a que je t’attends depuis des heures.
— Je t’ai dit à quelle heure je rentrerais ?
— Non mais…
— Je rentre quand je veux.
— Avec qui étais-tu ? ne puis-je m’empêcher de demander.
— J’ai rencontre un ami qui m’a invité à dîner.
— C’est quel genre d’ami ?
— Écoute-moi bien, Charles. Ne me prends pas la tête avec ta jalousie ou je te quitte.
— Comprends-moi, j’étais inquiet pour toi.
— Tu étais inquiet pour moi quand tu baisais mon amie Épupa ?
— Tu m’as piégée, salope ! je crie en la giflant.
Elle fonce à la cuisine, revient en courant, brandissant un long couteau :
— Frappe-moi encore ! me défie-t-elle.
— Pardon, chérie, dis-je.
— Ne me tente pas, ou je t’ explose comme un pompé ! Ce soir, tu dors dans le canapé.
Samedi 9 septembre
Elle me réveille d’une bourrade dans le dos.
— Lève-toi, on doit aller chercher la tine d’huile avant de partir au village.
C’est ainsi que j’apprends que nos projets de mariage sont toujours d’actualité. Ça me met un peu de baume au cœur après une nuit blanche.
Il est midi lorsque nous arrivons à la concession. Ndolo a dormi durant tout le trajet. J’ai failli l’accompagner à plusieurs reprises. Je n’ose pas imaginer où nous serions si je m’étais endormi au volant. L’accident dont nous avons été témoins la dernière fois me revient en mémoire.
— Viens t’asseoir, chou, on va commencer, recommande Ndolo.
Je prends place dans un confortable fauteuil à l’ancienne. On dépose la tine d’huile à mes pieds. Après une introduction verbeuse vantant les qualités de la famille, ses richesses et les vertus de Ndolo, Sylvestre me demande s’il y a des sorciers dans ma famille. Je rougis, surpris par la question. Toute ma belle-famille éclate de rire devant mon embarras.
— Non, pas de sorciers dans la famille, je finis-je par avouer.
— Je devrais aussi vérifier qu’il n’y a pas de liens de parenté entre nos deux familles, mais je pense que c’est inutile, poursuit le père de Ndolo.
— En effet, j’admets, déclenchant une nouvelle vague d’hilarité.
— Vous avez la tine d’huile ?
— La voici, dis-je en soulevant triomphalement le récipient.
Il me tend alors solennellement la liste de la dot, sous les applaudissements. Immédiatement, des jeunes filles se lèvent pour servir le vin de palme. J’empoche discrètement la liste, je la lirai plus tard.
La fête terminée, nous prenons la direction de l’hôtel. Dans l’habitacle, le silence est de mise. C’est vrai qu’il reste des contentieux en suspens : mon infidélité avec Épupa, la gifle que je lui ai donnée. De son côté, elle m’a tout de même menacé avec un couteau de cuisine. Je décide de faire profil bas. Ainsi, dès que nous arrivons dans la chambre, je m’excuse de mon infidélité et pour la gifle.
— Ma main est partie sans que je puisse la contrôler, je tente de lui expliquer.
— Dieu est témoin que la prochaine fois que tu me touches, je te planterai le couteau dans le bide. Alors, ne me tente pas, crie-t-elle, hors d’elle. Concernant tes frasques avec mon amie Épupa, ça va te coûter une voiture.  Je vais l’ajouter à la liste de la dot.
Je ne réponds pas. Je sors la fameuse liste de mon sac pour la lire. Il y a là 4 chèvres, 2 cochons, 4 régimes de plantain, 4 sacs de riz, 2 tines d’huile d’arachide, 2 tines d’huile de palme, 4 cartons de vin rouge, 4 cartons de vin blanc, 2 cartons de whisky, du sel, de la kola, du vin de palme et 8 enveloppes. Je sors mon téléphone pour additionner le montant des enveloppes. Elles se montent à 12 millions de francs Cfa, soit 18 320 euros. Je sens le sol s’effondrer sous mes pieds. Les amis de Mireille m’ont volé toutes mes économies, je ne dispose plus d’une telle somme. La seule solution serait de faire un emprunt de 25 000 euros. Un rapide calcul me dit que, sur 60 mois, je devrais rembourser 500 euros par mois environ. C’est faisable, quoique pas très raisonnable.
— Que feras-tu d’une voiture, tu ne sais pas conduire.
— J’ai l’intention d’apprendre. Ici, en donnant 20 000 francs à l’examinateur tu reçois ton permis.
— Je suis d’accord de t’offrir cette voiture. Mais je le ferai en Europe. Ici, elle ne te servira pas beaucoup puisque dès que nous serons mariés, nous demanderons ton visa pour que tu m’accompagnes en Belgique.
— Moi je ne pars pas.
— Comment ça, tu ne pars pas ?
— Je ne veux pas quitter ma famille pour aller vivre en Europe. Je veux vivre à Bana.
— C’est maintenant que tu me dis ça ? je demande en me prenant la tête dans les mains.
— Est-ce que tu m’as, ne serait-ce qu’une fois, demandé de te suivre en Europe ?
— Non, dois-je avouer, consterné.
— Ce n’est pas un problème. Tu peux faire 6 mois en Belgique et 6 mois ici.
— Ça ne va pas, chérie. Une épouse, c’est à temps plein.
— Alors tu dois vivre ici.
— Et ma maison, mon jardin ? Non, ce n’est pas possible.
— On va alors faire comment, chéri ? demande-t-elle innocemment.
— Je ne sais pas. Je ne sais plus quoi faire, dis-je en allumant une cigarette.
Elle allume la télévision. J’essaie de réfléchir, mais je n’y arrive pas. Comment une incompréhension pareille a-t-elle pu se produire, alors que nous parlons la même langue. Peut-être, au fond, sommes-nous très différents, au-delà de notre sexe et de notre couleur de peau. Je me dis que ce doit être un problème de culture. Pour moi, ça allait de soi que nous partirions en Belgique, une fois mariés. En attendant, je ne trouve pas de solution à ce problème. Même si je ne connais pas grand monde en Belgique, je suis attaché à mon quartier, et surtout à ma maison. Le jardinage est mon seul loisir. Même si les villageois son accueillants, que l’endroit est plaisant, je ne me vois pas vivre le reste de mon existence à Bana. J’ai aussi de sérieux doutes quant au fait que Ndolo m’aime. Comment peut-elle m’envoyer une amie pour tester ma fidélité ? Comment peut-elle me proposer de vivre 6 mois loin d’elle ? La nuit porte conseil. Demain, je prendrai ma décision.
Dimanche 10 septembre
Le lit étant large, nous avons dormi chacun à une extrémité. Ça m’a évité de passer une nouvelle nuit dans le canapé. Nous prenons le petit déjeuner en silence. La tension est manifeste. Durant la nuit, j’ai pris ma décision. Je ne sais pas comment la lui annoncer. Je pourrais partir comme un voleur, sans rien lui dire, en stommeling comme on dit chez nous. Ce ne serait pas honnête. Alors, je me lance :
— Je vais rentrer en Belgique.
— Ah ! D’accord. Combien de temps ?
— Tu ne m’as pas compris. Je rentre en Belgique définitivement.
— Et nous ?
— Je suis venu chercher une femme. Je croyais l’avoir trouvée, mais elle me fait faux bond. Donc, je rentre seul. Au fond, la solitude, ce n’est pas si terrible. On a beaucoup moins de problèmes.
— Toi qui disais toutes les cinq minutes que tu m’aimais. Tu m’étonnes.
— Viens avec moi à Bruxelles.
— Je t’ai expliqué que je ne peux pas quitter ma famille. En plus, j’ai des projets.
— Des projets ?
— Je veux acheter des terres, créer une société agricole.
— Ce n’est plus mon problème. Moi, je rentre.
— Ramène-moi chez mon père, alors.
— Pour qu’il me découpe à la machette ?
— On lui dira que tu repars pour affaires, que tu reviendras pour la dot.
— D’accord.
Lundi 11 septembre
Avant de quitter ce pays, je veux savoir si j’ai été victime d’un charme. Je ne voudrais pas que les pannes de sexe se reproduisent en Belgique, au cas où je rencontrerais une partenaire consentante. Une seule solution : voir un marabout. J’appelle Désiré, le copain taxi-man de Jérôme. Il accepte de me déposer chez un marabout, le plus grand de Douala selon lui. Après avoir remonté tout l’axe lourd, Désiré s’engage dans des rues sans revêtement. Les caniveaux sont franchis à l’aide de planches de bois. Des bandes de délinquants oisifs nous regardent d’un air agressif. C’est dans ce genre de quartier que doivent traîner les cousins de Mireille, me dis-je. La voiture s’arrête devant une cabane en bois. À l’arrière, dans une espèce de jardin mal entretenu, on aperçoit un homme en costume folklorique qui trie des herbes. Après m’être assuré que Désiré m’attendra, je rejoins le sorcier. Je ne me laisse pas impressionner par la tenue du gars, ni par ses accessoires. J’ai eu l’occasion de me familiariser avec ce folklore dans les séries camerounaises que j’ai regardées depuis mon arrivée. Par contre, je suis un peu anxieux de ce qu’il va me dire. S’il a des vrais pouvoirs je serai vite fixé. D’emblée, il me baptise le Blanc.
— Assieds-toi là, le Blanc m’ordonne-t-il.
Je prends place sur un banc inconfortable. Il lance les cauris, de petits coquillages blancs. Ensuite, il les désigne d’un doigt accusateur :
— On t’a ensorcelé. C’est cette femme-là qui l’a fait, assure-t-il en désignant un cauri.
— Le problème, grand marabout, c’est que je n’arrive plus à faire l’amour à d’autres femmes.
Il opine du chef à plusieurs reprises.
— Pouvez-vous faire quelque chose, je demande.
— S’il y a l’argent, c’est un petit problème, dit-il, concentré sur ses cauris. Donne-moi 100 000 francs.
Je trouve ça un peu cher, mais je ne tiens pas à le contrarier en négociant. Je dépose les billets sur la piste aux cauris. Il se lève, part dans son arrière boutique pour me concocter le mélange idoine. Il revient avec un sachet :
— Tu chauffes un litre d’eau, ensuite tu mélanges. Tu bois ça ce soir. Tu seras libéré, c’est très puissant.
— Merci, grand marabout, dis-je en prenant le précieux sachet. Je ne serai pas malade avec ça ?
— Non, ton estomac le supportera très bien, lance-t-il avec un grand sourire qui ne me rassure pas...

 

Partager :